DANCER #1

Une meule avec un grand 'L' en acier est suspendue au plafond. Lorsque le disque commence à tourner, le 'L' oscille au hasard. Le moteur se brûle tout seul mais continue à chercher un équilibre, un moyen de fonctionner malgré l'étrangeté de la situation. Cette quête ignore la fonction de la machine, qui prend l'allure du héros classique en détresse. Son mouvement ne fait qu'augmenter l'intenabilité.
 
Suspendus dans les comme s'ils étaient figés....

Dans la pratique artistique actuelle, aucun termes ne sont autant utilisés – et galvaudés- que ceux de " multidisciplinaire " et de " multimédia ". Ce qui intéresse Kris Verdonck dans son travail n'est pas tant la juxtaposition des disciplines et des médias que l'exploitation de leurs essences - souvent contradictoires -, la recherche des moments et des lieux où ces contradictions s’affrontent. A l’image d’un surfeur qui durant quelques instants, reste juché sur le haut d’une vague, comme figé momentanément dans les airs, à cet endroit précis où l'ascension se transforme en descente.
L'un des paradoxes fondamentaux qu’à maintes reprises, Kris Verdonck " met littéralement en scène " dans son travail, est celui de l'équilibre entre la représentation technologique et la reproductibilité d'une part,et l'unicité de la présentation théâtrale de l’autre, l'ici et maintenant du spectacle vivant, le contenu réel de ce qui est montré et regardé.
De nos jours, le champ artistique est l'un des domaines de la société où l'on cherche avec ferveur de nouvelles façons d'aborder la technologie qui détermine et dirige de plus en plus nos vies quotidiennes. Dans son travail, Kris Verdonck ne veut pas seulement " utiliser " les nouvelles technologies et les nouveaux médias dans un contexte théâtral, mais fait du problème de l'impact croissant de la technologie sur la vie quotidienne le sujet même de son travail. Après tout, cet impact va bien au-delà de la valeur utilitaire et du confort mais touche aux questions existentielles de l'être humain, à la recherche de sens dans la vie et dans le monde.
 
Déconnecté du familier
                                                                 
Quelle relation l'être humain peut-il/veut/devrait-il établir avec la machine, le robot, la technologie ? Dans chaque interaction que l'homme met en place avec la machine, il abandonne une partie de son contrôle sur la situation, l’action ou l'événement. Cette relation de confiance compromet le libre arbitre de l'homme. L'abandon à la machine s’effectue en plusieurs étapes : de l'impossibilité de vivre sans téléphone portable à la dépendance vitale d'un patient à un respirateur artificiel. Mais quelle que soit l'ampleur de cette dépendance vis-à-vis de la machine, elle entraîne une forme latente ou visible de panique. La panique comprise en tant que situation où tout repère familier disparaît, où l’individu n'a plus aucune prise sur quoique ce soit, ne sait plus ce qui arrive à son esprit et/ou à son corps et est à la merci de l'inconnu. C'est là que se trouve la source de l'atmosphère d’'Unheimlichkeit' qui caractérise l'œuvre de Kris Verdonck. Le mot " unheimlich " - c'est Freud qui a porté ce sentiment à notre attention - est difficile à traduire : étrange, incompréhensible, mystérieux, effrayant, lié aux forces surnaturelles. Littéralement, un-heim-lich signifie : qui n'a plus de maison, qui n'a plus sa place nulle part. Qui est déconnecté de ce qui lui est familier.
Au cours de l'histoire, la relation de l'homme à la machine a été comparée plus d'une fois avec sa relation à Dieu. Après tout, le noyau du divin est le contrôle de tout, la toute-puissance. L'homme en tant qu'être imparfait, imprévisible, incontrôlable et mortel aspire à ce domaine du parfait, du contrôlable et de l'immortel. L'homme aspire à la mécanique, il veut créer un robot ou en être un lui-même pour échapper à sa propre imperfection et mortalité.
Les acteurs et personnages de Kris Verdonck, sont situés dans l'œil de la tempête de ce désir. Ils font la transition de l'homme à la machine. Ce sont presque des cyborgs. Mais c'est précisément dans ce "presque" que réside leur tragédie. Ce sont des créatures intermédiaires, en pleine transition et souffrant du fait qu'elles ne sont ni l'un ni l'autre.
 
Homme=machine
 
Peut-on vraiment mettre en scène des images futuristes « désincarnées »? Peut-on montrer des personnages dont la fonction est reprise par un objet ? Ce sont des questions que se pose notamment Kris Verdonck. Dans ses installations et ses performances, ce point est abordé sous deux angles : l'homme qui devient une machine et la machine qui se transforme en homme. Dans la première catégorie, on retrouve en premier lieu les œuvres où les interprètes/acteurs sont amenés à des situations où ils deviennent handicapés dans leurs possibilités, où, par exemple, ils ne jouissent pas de toutes leurs capacités sensorielles ou de motrices. Dans la deuxième catégorie, Kris Verdonck joue délibérément avec le comportement ambigu de l'homme envers la machine, qui oscille d’une part entre la panique, la peur panique de l'incontrôlable et de l’inconnu et, d'autre part, l’empathie, la quasi tendresse avec laquelle l'homme semble pouvoir attribuer aux machines des caractéristiques humaines.
Les personnages mis en scène par Kris Verdonck sont dans un état de solitude totale : ils sont laissés dans un parfait isolement, seuls dans leur tête. Un flux ininterrompu de pensées surgit qui s'approfondit continuellement. Parallèlement à ces flux de pensées, Kris Verdonck utilise souvent le texte dans ses installations et ses performances, ce qui, une fois de plus, renvoie à un contexte théâtral. Les textes proviennent généralement d'auteurs solitaires et indisciplinés, comme Samuel Beckett, Rainald Goetz ou Heiner Müller.
 
Texte : Marianne Van Kerkhoven
 
« Kris Verdonck's imagery originates from an extreme theatrical simplicity and only gradually unveils its staggering power. »
Elke Van Campenhout in 'De Standaard'

« My highlight is '5' , a timed journey through a series of installation / performances created by Kris Verdonck and Aernoudt Jacobs. Their work attempts to reduce to an extreme the codes of visual and performing arts, allowing the essence of each code to inform the other, producing a hybrid form, a distillation that achieves an exquisite impact. »
Lucy Taylor in 'RT58' Dec 03/ Jan 04

« This play has been extremely minimized, to the point of being made up of equal parts absence and presence, as a result of which the spectator is expected to put in a corresponding amount of effort. Magical, bizarre, oppressing and seductive. »
Marie Baudet in 'La Libre Belgique'
Concept & mise en scène : Kris Verdonck
Production: Margarita Production for stilllab vzw
Coproduction: KunstenFestivaldesArts (BE), Beursschouwburg (BE), KC België (BE)
  • 2008
  • 2007
  • 2006
  • 2003
11 > 15/05
BE Brussels 5, Kunstenfestivaldesarts
24 > 25/02
BE Gent Variatie I, Vooruit
18 > 22/04
NL Amsterdam Variatie II, Brakke Grond
12 > 14/09
CH Genève Variatie III, La Bâtie
23/09
BE Brussels Bibliotheek Elsene
20/01
BE Hasselt Z33
20/03
ES Barcelona LP/ Poderosa
  • DANCER #1 - © Luc Schaltin
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