SOMETHING (out of nothing)

Quelle est la place de l'homme dans un monde où la catastrophe écologique et la technologie remettent fondamentalement en cause cette dernière ? Le nouveau spectacle de Kris Verdonck explore l'état physique et psychique de l’être humain face à l’extinction imminente. La combinaison d'un désir implacable de profit et de croissance associé aux progrès technologiques, a déjà réduit l'homme à un objet jetable. La prochaine étape sera de rendre inhabitable le paysage dans lequel nous vivons. Que reste-t-il après l'élimination sociale, économique et écologique? Les danseurs et les machines présents dans SOMETHING (Out of Nothing) ne sont souvent que des silhouettes ou des ombres. Ce sont les fantômes résultant de la dynamique destructrice entre l’humanité et le paysage. Dans le spectacle ce dernier est matérialisé par de grandes sculptures gonflables, des bruits interprétés la violoncelliste Leila Bourdreuil et des percussions automatisées.
Une ou plusieurs installations sont présentées dans un environnement muséal en parallèle avec le spectacle. Des objets performatifs créent le même environnement dans le white cube comme dans la black box. Le théâtre se prolonge dans le musée et vice versa.

 

SOMETHING (out of nothing)

Beauty was here long before we were and will be long after. (Robert Bringhurst and Ian Zwicky, Learning how to die)

« L’homme n’a pas fondamentalement changé au cours de l’histoire, c’est le paysage qui connait des mutations. Une génération influence son environnement, la génération suivante subira ces changements en bien ou en mal, etc. »
(Jean Paul Van Bendegem)

Le passé détermine le présent, irrévocablement. Les fantômes d'hier conditionnent nos faits et gestes d’aujourd’hui et de demain. Heiner Müller les qualifiait de «fantômes du futur»: des nœuds inextricables entre ce qui fut et ce qui sera. Le siècle dernier a exercé une influence globale sur le paysage. Il n’existe rien dans ce monde qui ne soit sujet à la manipulation (technologique) humaine. Cette influence semble être préjudiciable à la vie sur terre telle que nous la connaissons. Mais quelle est alors la place de l'homme dans un monde où la catastrophe écologique et la technologie remettent précisément et de manière fondamentale sa place en cause?

Cette question est à l’origine du nouveau projet de Kris Verdonk / A Two Dogs Company ism. ICK Amsterdam: SOMETHING (out of nothing).

Fantômes

Les travaux de Kris Verdonck interrogent en permanence la relation entre l'homme et la technologie. L'impact écologique de cette interaction est approfondi dans ce spectacle. SOMETHING (out of nothing) explore l'état physique et psychique de l’être humain face à l’extinction imminente. Les plantes et les animaux subissent déjà la sixième extinction de masse et pour l’humanité, la fin devient une réalité de plus en plus tangible. La combinaison d'un désir implacable de profit et de croissance associé aux progrès technologiques, a réduit l'homme à un objet jetable. La prochaine étape sera de rendre inhabitable le paysage dans lequel nous vivons. Que reste-t-il après l'élimination sociale, économique et écologique?

Les danseurs et les machines présents dans SOMETHING ne sont souvent que des silhouettes, des ombres, des sculptures vivantes. Ce sont les fantômes résultant de la dynamique destructrice entre l’humanité et le paysage. Ce dernier n’a plus rien de « naturel » : il se compose de sculptures gonflables organiques qui croissent et rétrécissent, dirigés par des robots et indifférents à la présence humaine. Les danseurs (Sophia Dinkel, Ula Sickle, Mark Lorimer et Edward Lloyd) évoluent comme des spectres dans un environnement de plus en plus « hanté » par les technologies et les catastrophes. Ils cherchent une opportunité de s’extraire du cycle de cause à effet et sont simultanément écrasés par celui-ci.

La chorégraphie s’inspire de deux types de fantômes issus du domaine de l’écologie. Celle-ci parle d '« ecological extinct species » lorsque l'impact d'une espèce sur son environnement est devenu si faible que son rôle dans la chaîne écologique est «hors-jeu». Pour cet environnement, peu importe si cette espèce particulière perdure ou non. Ce sont des animaux et des plantes qui n’ont plus aucune fonction. Un «anachronisme écologique» est un autre cas de figure dans lequel des plantes ou des arbres produisent encore des fruits qui ne sont plus consommés car les espèces animales avec lesquelles ils coopéraient n’existent plus. En raison de la perte de biodiversité due à l'influence humaine, on parle maintenant de forêts vides, de savanes vides, de paysages vides. Éliminés mais toujours actifs, les personnages de SOMETHING (out of nothing) sont dans le même état paradoxal. Ils sont des figurants dans leur propre existence. Ils sont littéralement Unheimlich, d’une inquiétante étrangeté: sans maison, pas à leur place et hors du temps.

Continuer après la fin

SOMETHING (out of nothing) se compose de trois parties. Chacune d’entre elles est accompagnée par un voice over (Tawny Andersen). Descriptions de destruction, de paysages d'après l'homme, des récits narrant des tentatives pour remédier à la catastrophe, un poème: la voix parle elle aussi d’un point de vue spectral. Un paysage sonore fait de de bruits (de la violoncelliste Leila Bourdreuil et de percussions automatisées) amplifie la tension entre présence et absence et, avec la voice over ainsi que les sculptures gonflables, il matérialise l’environnement et le temps de l’après humain.
 
Que signifie vivre après la fin, comme un fantôme aliéné de son environnement? Les personnages sur scène cherchent vainement un sens dans un monde à taille non-humaine, sans point de référence. Comme dans un processus de deuil, l’acceptation succède au déni et à la résistance. Même si cela n’importe plus, ils posent tout de même des actes, histoire de faire quelque chose. Au-delà de tout drame, de tout développement, dans les marges, un saut, un infime glissement ou un geste insignifiant dans une tentative de malgré tout chasser les fantômes: c'est probablement ce que Beckett voulait dire quand il écrivit: là où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer. (Samuel Beckett, L’Innommable)

Concept et mise en scène : Kris Verdonck
Dramaturgie: Kristof van Baarle
Danseurs: Mark Lorimer, Ula Sickle, Edward Lloyd, Sophia Dinkel, Clinton Stringer
Violoncelliste : Leila Bordreuil
Voice-over : Tawny Andersen
Coordination technique et création lumières : Jan Van Gijsel
Assistance technique : Maarten Heijdra, Hugo van der Veldt
Costumes : Eefje Wijnings
Set design : Kris Verdonck, Eefje Wijnings
Software/electronics : Vincent Malstaf
Ingénieur de son : Victor Hidalgo
Production: A Two Dogs Company, ICK
Coproduction: Kaaitheater (BE), Spring Festival (NL)
Avec le soutien de : Tax Shelter du Gouvernement Fédéral belge




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