CONVERSATIONS (at the end of the world)

Que dit-on, que fait-on ou que crée-t-on quand la fin est proche ? Dans Conversations (at the end of the world), une nouvelle production pour grande salle de Kris Verdonck / A Two Dogs Company, cinq personnages sont réunis dans un espace théâtral vide. Ils n'ont que leur corps, leurs aptitudes et le temps qui leur reste. Ces cinq personnages, interprétés par Johan Leysen, Jan Steen, Jeroen Van der Ven, José Kuijpers et le pianiste renommé Marino Formenti, composent ensemble un portrait de l'être humain au cours du XXe siècle marqué par la folie, pendant lequel l'image de l'homme a été sérieusement écornée et dont nous portons toujours les blessures. En attendant la catastrophe inéluctable, ou déjà plongés dedans, ils accueillent le public pour une « soirée ultime ». Face à la mort, ces personnages réagissent par l'ennui, la panique, la folie, l'apathie, la dérision et l'absurde. Leur sens de l'absurde est nourri par la logique insensée de la guerre, des catastrophes écologiques et de crises diverses. En fait, ils sont en état de choc, mais ils tentent malgré tout de comprendre ce qui se passe à l'extérieur. Cette réaction absurde à une réalité cruelle est à la base de ce nouveau projet.
CONVERSATIONS (at the end of the world)

Au bord de la fin

Un monde finit lorsque ses habitants ne sont plus capables de décrire, d’influencer ou de donner un sens aux choses et aux événements qui les entourent, par le langage. L’écrivain et penseur italien Franco Berardi décrit de cette façon le sentiment de désarroi dans un monde où la langue a de moins en moins de sens dans une époque post-truth, en majeure partie industrialisée par les médias, réseaux sociaux et autres technologies informatiques. De plus, notre monde actuel se remplit de plus en plus de fins concrètes possibles: par les guerres et les tensions géopolitiques qui émergent à nouveau, les développements technologiques qui nous rendront bientôt inutiles, le terrorisme et le fanatisme, l’exploitation et l’agression d’un système économique et les changements climatiques. La prise de conscience qu’en tant qu’espèce, citoyens et consommateurs, nous participons inéluctablement à ces fins et que nous ne sommes pas capables de trouver une réponse, nous confronte à un manque de sens au sein de nos cadres actuels. Ce sentiment d’impasse dans une situation qui semble sans fin ou où aucune réponse n’existe, s’accompagne du sentiment de la fin d’une vision du monde qui a longtemps contribué à former ce monde.

Mis à part l’aspect écologique, ceci pourrait être aussi une description du monde de l’écrivain russe Daniil Charms (1905-1942), à qui l’on doit Conversations (at the end of the world). Il a muri pendant la terreur stalinienne et est mort pendant l’atroce siège de Leningrad, après que la révolution ait déjà tout complètement changé, jusqu’à la langue. Le caractère apparemment aléatoire de la violence et la distance croissante entre la communication officielle et la réalité ont laissé des traces évidentes dans son travail. Celui-ci se compose principalement de courtes nouvelles, de lettres et d’extraits de journaux personnels, souvent pas plus de quelques lignes dans lesquelles, en partant de rien, il donne naissance à un personnage ou à un événement pour ensuite les faire à nouveau disparaître. Il appelait cela “un incident”.

Conversations renvoie aux conversations que Charms avait avec ses proches artistiques, les Oubérious, dans de dures conditions. Ces conversations avaient lieu lors de genre de salons pauvres, où des échanges ludiques mais graves pour essayer de comprendre le monde alternaient avec des lectures de leur travail. Pour les Oubérious, ces conversations ont sans doute eu de l’importance car ils en faisaient des comptes rendus, même s’ils savaient que cela pouvait les conduire en prison.

Conversations (at the end of the world)

La fin du monde est un fil rouge dans l’œuvre de Kris Verdonck. Avec IN VOID (2016), par exemple, il a fabriqué un parcours d’installations qui réfléchissaient sur la fin possible de l’homme. Là où dans ces installations les machines proposent une “réponse”, Conversations (at the end of the world) se base sur une réaction de l’homme lui-même, lorsqu’il est confronté à sa propre fin.

Dans Conversations, cinq artistes de chair et d’os tiennent leurs dernières conversations. Sur la scène, ces artistes ne sont que trop conscients de leur fin proche. En dépit, et à cause, des circonstances, ils se lancent dans une tentative pour essayer d’y faire quelque chose. Une histoire, une blague, une théorie absurde, des réflexions sur la mort et sur les miracles, un morceau de piano… sont partagés avec enthousiasme et conviction. Même si la situation est désespérée, ils restent positifs, comme si la certitude d’une fin les libérait paradoxalement du joug de la rationalité et du progrès. Sans hâte, dans l’expectative, presque curieux dans une cage au bord de leur disparition imminente. Faire quelque chose pour ne pas ne rien faire, pour en sorte tuer le temps. Ils arrivent dans un état d’existence où restent l’absurdité, la folie et une beauté étrange dans le vide à venir qui les enveloppe de plus en plus.

Les cinq personnages se trouvent dans un paysage quasiment désert, avec seulement leurs corps et leurs capacités auxquels se rattacher. Conversations montre comment la disparition de l’homme mène à la désagrégation du théâtre qui se transforme en installation. L’acteur disparaît au profit d’un décor qui s’accapare le rôle principal. Que racontons-nous encore pendant notre chute imminente, lorsque le passage de l’homme vers autre chose est terminé? Que reste-t-il du théâtre et de la langue après la fin du monde, quel est le sens des paroles dites quand les adieux ont déjà été faits? Une pensée, un souvenir, une tentative de faire exister encore quelque chose, ou, pour aller plus loin: une expression abstraite qui n’est que le signe d’un souhait de participer à une conversation? Le texte, le silence, la musique, le mouvement et l’image sont liés dans une composition qui évolue de la parole au mutisme, d’un environnement humain à un paysage créé par une machine.

Le Rien

La disparition des hommes et du monde tel qu’on pense les connaître aujourd’hui se poursuit dans la scénographie de la pièce. Le paysage désert, l’environnement dont nous, les hommes, sommes issus et dans lequel nous retournerons, devient un élément de plus en plus présent. Progressivement, les personnages et la scène sur laquelle ils se trouvent disparaissent sous une fine neige grise. Ce qui reste, ce sont un paysage vide et le souvenir de ce qui a été. Mais le vide n’est pas uniquement négatif. Il offre peut-être le temps de contempler les fins que nous avons vécues ou que nous allons rencontrer. Comme l’a si joliment écrit un jour la philosophe belge Patricia De Martelaere: c’est le rien lui-même qui reste, et nous appartenons nous-même à ce grand rien. Notre présence en tant qu’individus mais aussi en tant qu’espèce, a toujours été temporaire, tout comme le théâtre. Disparaître n’est pas forcément mauvais. Conversations (at the end of the world) dresse le portrait possible de l’homme face à cette situation. L’homme au-delà du défi, au-delà de l’espoir, mais avec le sens total de l’absurdité, dans un état vital où beaucoup est à nouveau possible. 

Kristof van Baarle

 

Concept et mise en scène: Kris Verdonck
Dramaturgie: Kristof Van Baarle
Assistante dramaturgie: Charlotte De Somviele
Conseil artistique: Piet Menu
Performeurs: Jan Steen, Johan Leysen, Jeroen Van Der Ven, Marino Formenti, José Kuijpers
Costumes : Eefje Wijnings
Production: A Two Dogs Company, Het Zuidelijk Toneel
Coproduction: Kaaitheater (BE), Rotterdamse Schouwburg (NL), Soutenu par la Fondation d'entreprise Hermès dans le cadre du programme New Settings (FR)
Avec le soutien de: European Commission: Imagine 2020 ‘Art & Climate Change’, Tax Shelter du Gouvernement Fédéral belge, les Autorités flamandes, la Commission de la communauté flamande



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