CONVERSATIONS (at the end of the world)

Que dit-on, que fait-on ou que crée-t-on quand la fin est proche ? Dans Conversations (at the end of the world), une nouvelle production pour grande salle de Kris Verdonck / A Two Dogs Company, cinq personnages sont réunis dans un espace théâtral vide. Ils n'ont que leur corps, leurs aptitudes et le temps qui leur reste. Ces cinq personnages, interprétés par Johan Leysen, Jan Steen, Jeroen Van der Ven, José Kuijpers et le pianiste renommé Marino Formenti, composent ensemble un portrait de l'être humain au cours du XXe siècle marqué par la folie, pendant lequel l'image de l'homme a été sérieusement écornée et dont nous portons toujours les blessures. En attendant la catastrophe inéluctable, ou déjà plongés dedans, ils accueillent le public pour une « soirée ultime ». Face à la mort, ces personnages réagissent par l'ennui, la panique, la folie, l'apathie, la dérision et l'absurde. Leur sens de l'absurde est nourri par la logique insensée de la guerre, des catastrophes écologiques et de crises diverses. En fait, ils sont en état de choc, mais ils tentent malgré tout de comprendre ce qui se passe à l'extérieur. Cette réaction absurde à une réalité cruelle est à la base de ce nouveau projet.
Les spectacles de Verdonck pourraient être regroupés dans trois catégories. 1- L'instant juste avant la catastrophe : l'homme est toujours présent, mais il est en état de choc et plongé dans la confusion. Ce sont souvent des spectacles où le langage continue à remplir une fonction. 2- La catastrophe en tant que telle : ces créations sont le plus souvent des installations qui révèlent la puissance et la beauté de la destruction. 3- Après la catastrophe : un univers dont l'homme a disparu et où les végétaux, animaux et objets ont repris le flambeau. Conversations appartient sans aucun doute à la première catégorie ; des personnes de chair et de sang y tiennent leurs dernières conversations. Les personnages présents sur le plateau ne sont que trop conscients de la fin qui approche. Les histoires vraies rapportées par les boîtes noires récupérées après les catastrophes aériennes révèlent quelques particularités remarquables : ceux qui savent que la fin est proche sont sereins. Ils parlent de la beauté et se recueillent. Pour les survivants de camps d'extermination, les conversations qui ont été transmises constituent souvent de beaux souvenirs intenses.
 
La dramaturgie caractéristique de Samuel Beckett est un élément constant dans le travail de Verdonck. Les échanges interminables d'En attendant Godot seraient incontestablement à leur place dans Conversations. Les textes du spectacle seront un collage de conversations réelles et de poèmes issus de zones sinistrées et d’opérations militaires, de témoignages sur l'ennui en prison, de récits à propos de prophètes et philosophes devenus fous, de dernières œuvres écrites par des compositeurs à l'article de la mort… Les personnages appartiennent à des types rappelant ceux de Francis Bacon, des amas de chair difformes dans un espace abstrait. Attendant en cage et sûr de leur disparition imminente.


La gaieté parmi les ruines

Dans l'adaptation qu'a faite Heiner Müller de Fatzer Fragment de Brecht, un petit groupe de déserteurs attend la révolution. Ces personnages se tiennent dans un espace vide tandis que la guerre fait rage tout autour d'eux et que leur position devient toujours plus précaire. Il en va de même pour les cinq protagonistes de Conversations (at the end of the world). S'inspirant des réactions absurdes et humoristiques de Daniil Harms face à son existence menacée, de textes sur la beauté écrits par des prisonniers de camps de concentration ou des journaux intimes d'un Erik Satie de plus en plus excentrique, Conversations sera un spectacle où l'on essaie quand même de faire quelque chose, malgré tout et justement à cause de tout. Un jeu, un tour, une blague, un bout de texte, un dialogue, quelques notes de piano, des pas de danse ou un raisonnement sans rime ni raison sont présentés avec beaucoup d'enthousiasme et de conviction. Même si la situation est désespérée, les personnages restent positifs, comme si la certitude de la fin les libérait du joug du rationalisme et du progrès. Ils finissent dans un état où ne restent plus que le non-sens, la folie et une étrange beauté dans le vide qui est en vue et qui les enveloppe toujours davantage. Dans le néant de l'espace théâtral vide, leurs actions parlent aussi de la nature même du jeu de l'acteur. Faire quelque chose afin de ne pas rien faire, même si ça n'a pas ou plus d'importance.

On trouve sur Internet des vidéos de touristes venus voir des glaciers qui s'effritent. À bord de leur bateau, ils lancent des cris d'excitation lorsqu'un fragment de glace se détache et plonge dans l'eau. Les exclamations comme « it’s coming! » – « ça vient ! » – ou « look at the tsunami! » – « regardez, quel tsunami ! » – exposent les rapports complexes entre l'être humain et la destruction. Un homme qui observe une catastrophe en retire souvent de l'excitation. Ainsi il serait difficile de prétendre que l'effondrement des tours du 11 septembre ne recèle pas une certaine beauté. Les personnages de Conversations sont dans une situation similaire. Ils sont entièrement absorbés par la beauté de la catastrophe qui est proche.


La fin des temps

Avec IN VOID Kris Verdonck avait déjà réalisé un circuit d'installations en tant que réflexion sur une fin possible de l'être humain. Alors que dans ces installations, ce sont les machines qui apportent une « réponse », dans Conversations nous voyons la réaction de l'homme confronté à sa propre finitude. Outre la fin concrète de la vie, l'impression d'être dans une impasse, une situation qui semble sans fin ou qu'il est impossible de résoudre, intervient également. Quand plus rien ne change, le sentiment de limitation est également présent. Le monde actuel s'emplit de plus en plus de fins possibles : des guerres et des conflits larvés, des tensions géopolitiques qui refont surface, la terreur enracinée dans des phénomènes auxquels nous ne semblons pas pouvoir trouver de réponse en tant que société, l'exploitation et les agressions d'un système économique que nous ne savons pas combattre… La disparition de l'homme et du monde tels que nous pensons les connaître aujourd'hui, trouve un prolongement dans la scénographie du spectacle. Progressivement, les personnages et le plateau sur lequel ils se tiennent disparaissent sous une fine neige noire. Il ne reste plus qu'un paysage et le souvenir de ce qui a existé. Conversations (at the end of the world) esquisse cinq portraits possibles d'individus dans une telle situation. Ces personnes qui sont au-delà du renoncement, au-delà de l'espoir, mais entièrement ouvertes au non-sens, vivent dans un état où beaucoup de choses redeviennent possibles.
Concept et mise en scène: Kris Verdonck
Dramaturgie: Kristof Van Baarle
Assistante dramaturgie: Charlotte De Somviele
Conseil artistique: Piet Menu
Performeurs: Jan Steen, Johan Leysen, Jeroen Van Der Ven, Marino Formenti, José Kuijpers
Production: A Two Dogs Company, Het Zuidelijk Toneel
Coproduction: Kaaitheater (BE), Rotterdamse Schouwburg (NL), Soutenu par la Fondation d'entreprise Hermès dans le cadre du programme New Settings (FR)
Avec le soutien de: European Commission: Imagine 2020 ‘Art & Climate Change’, Tax Shelter du Gouvernement Fédéral belge, les Autorités flamandes, la Commission de la communauté flamande



logoSignatureRVB
  • 2017
16/09
NL Rotterdam Rotterdamse Schouwburg
19 > 20/09
NL Tilburg Theaters Tilburg
26/09
NL Amsterdam Stadsschouwburg Amsterdam
29 > 30/09
BE Brussels Kaaitheater
03/10
BE Brugge Cultuurcentrum Brugge
04/10
NL Heerlen Parkstad Limburg Theaters
07/10
NL Utrecht Stadsschouwburg Utrecht
18 > 20/10
FR Paris Théâtre de la Cité
08/11
NL Den Haag Het Nationale Theater
09/11
NL Breda Chassé Theater
15/11
NL Eindhoven Parktheater Eindhoven
16/11
BE Kortrijk Schouwburg Kortrijk
  • - © Mauriki
NEWSLETTER

*

*

*

captcha

*Obligatoire