UNTITLED

« C'est avec une facilité inouïe qu'Alexeï Alexeïevitch savait donner sa vie pour la Foi, le Tsar et la Patrie, ce qu'il démontra en 1914, au début de la Première Guerre mondiale, en se jetant dans la rue depuis une fenêtre du troisième étage, tout en criant : “Pour la patrie !”. Par miracle, Alexeï Alexeïevitch s'en réchappa avec quelques contusions et peu après, en tant que patriote remarquablement zélé, il fut envoyé au front. »
D. Harms


UNTITLED est le troisième solo de Kris Verdonck, après EXIT (créé pour Alix Eynaudi) et M, a Reflection (créé pour Johan Leysen). UNTITLED poursuit l’exploration du phénomène du « personnage libéré », du performeur qui semble « propulsé » sur scène par une construction mécanique. Ce spectacle s'articule autour de la mascotte. Verdonck place la mascotte en scène comme s'il s'agissait d'un « objet trouvé ». Solitaire, mais animé de bonnes intentions, l'interprète présente chaque soir son spectacle. Le vide d'une grande scène est une demeure pour le costume et une prison pour celui qui le porte. Une mascotte sans équipe, sans but, qui ne représente qu'elle-même – et, en même temps, tout sauf elle-même – erre sur le plateau. Le spectacle de la mascotte est plein de paillettes, mais sans éclat. La pression à se produire et en même temps son absence de sens, poussent cet homme à la folie. Le rapport entre l'homme et l'objet, essentielle dans l'œuvre de Verdonck, acquiert ainsi une nouvelle forme et plusieurs niveaux de sens sociaux et politiques. UNTITLED propose des variations sur ce rapport, jusqu'à ce que l'homme soit remplacé par de l'air dans une mascotte gonflable, ou par un robot.
Untitled est un solo créé pour Marc Iglesias ; il s'agit du troisième solo imaginé par Kris Verdonck, après EXIT (pour Alix Eynaudi) et M, a reflection (pour Johan Leysen).

Au même titre que les créations précédentes de la série, Untitled explore le phénomène du « personnage lâché », de l'interprète entravé « lancé » sur le théâtre comme par une construction mécanique. Le point de départ est le personnage mis au point avec Marc Iglesias dans H, an incident (2013), qui était inspiré de la nouvelle Un Chevalier de Daniil Charms. Son sujet est un homme qui n'a pas d'opinions personnelles et expérimente donc en appliquant – par pure indigence  – toutes les idéologies possibles en tant que tactiques de survie. En s'effaçant « pour la bonne cause », il finit dans son délire par perdre la vie pour la patrie. Dans H, an incident, cet homme vêtu d'un costume de lion devient la mascotte d'un parti politique.

Le solo UNTITLED s'articule autour de la mascotte. Sous l'Empire romain, la mascotte était un animal ravi à l'ennemi qui n'incarnait pas seulement la victoire, mais était aussi un porte-bonheur pour l'armée victorieuse. Aujourd'hui, nous retrouvons les mascottes avant tout dans l'univers du sport et du divertissement ; elles sont importantes pour les grands clubs et encouragent le public à laisser libre cours à son enthousiasme. La gestuelle de la mascotte est très particulière, proche de celle que l'on voit dans les films muets et les dessins animés. Disney, Pixar, Studio 100 et autres géants de l'animation et de la publicité produisent une succession de créatures qui semblent familières et très humaines, mais prennent un tout autre sens dès que l'on les sort de leur contexte.

Au théâtre ces figures à deux dimensions rappellent la recherche par Beckett de l'acteur entièrement objectivé, par analogie avec l'homme qui, selon lui, n'a plus grand-chose d'humain.
La mascotte utilisée dans Untitled est emblématique de la rencontre amère entre le divertissement et l'esclavage moderne. En cette époque néolibérale, le salarié subit de fortes pressions. Travailler est un devoir moral qu'il faut remplir, même en allant à l'encontre d'une identité ou d'une opinion personnelle. Le costume de mascotte est comme une camisole de force obligeant à agir ; elle cache un corps fatigué et absent qui préférerait ne pas être là. Dans la vie de tous les jours, nous constatons une tendance: l'Europe est incapable de fournir à ses intellectuels une place sur le marché de l'emploi. Des personnes diplômées du supérieur travaillent comme figurants à Disneyland, d'autres font de la publicité pour du chewing-gum ou de la soupe déshydratée, déguisés en paquet de chewing-gum ou en bol à soupe. La personnalité et le visage de ces travailleurs n'a pas la moindre importance ; en revanche, ils doivent s'exposer jour après jour en tant qu'image consommable. De plus en plus de gens atterrissent dans une situation sans issue les obligeant à s'accommoder de petits boulots ou de conditions de travail exécrables, sans jamais pouvoir en sortir. UNTITLED remet en question les contraintes économiques, le progrès et la consommation, et suggère qu'un vide béant se cache derrière toute cette « action ».

Kris Verdonck place la mascotte en scène comme s'il s'agissait d'un « objet trouvé ». Solitaire, mais animé de bonnes intentions, l'interprète présente chaque soir son spectacle. Le vide d'une grande scène est une demeure pour le costume et une prison pour celui qui le porte. Une mascotte sans équipe, sans but, qui ne représente qu'elle-même – et, en même temps, tout sauf elle-même – erre sur le plateau.
Elle est la pure façade d'un divertissement superficiel et d'une culture populaire et professionnelle infantile. La valeur d'amusement apparente du costume s'impose aux dépens de la dimension humaine. Dans le spectacle, le vide derrière la façade de la mascotte devient d'une superficialité dérangeante.

Le philosophe et cinéaste français Guy Debord affirma en 1967 dans La Société du spectacle que la domination de l'image économique et spectaculaire mène à l'aliénation généralisée de l'individu vis-à-vis de son univers. L'agressivité d'un système néolibéral « chosifie » ceux qui y vivent. Pour le dire avec Debord : « Le spectacle se soumet les hommes vivants dans la mesure où l'économie les a totalement soumis. Il n'est rien que l’économie se développant pour elle-même. Il est le reflet fidèle de la production des choses, et l'objectivation infidèle des producteurs. »

Le spectacle de la mascotte est plein de paillettes, mais sans éclat. Pour le porteur du costume, il est impossible de ne rien signifier. Le costume émet des signaux en permanence ; il est là, impossible d'y échapper. Cette présence incessante contraste avec l'invisibilité – ou l'absence – de l'homme à l'intérieur du costume. La pression à se produire et en même temps son absence de sens, poussent cet homme à la folie. Le rapport entre l'homme et l'objet, essentielle dans l'œuvre de Verdonck, acquiert ainsi une nouvelle forme et plusieurs niveaux de sens sociaux et politiques. UNTITLED propose des variations sur ce rapport, jusqu'à ce que l'homme soit remplacé par de l'air dans une mascotte gonflable, ou par un robot.

Texte: Kristof van Baarle

Concept et mise-en-scène: Kris Verdonck
Danseur: Marc Iglesias Figueras
Dramaturgie: Kristof Van Baarle
Costumes: An Breugelmans
Assistance costumes: Eefje Wijnings
Coordination technique et création lumières: Jan Van Gijsel
Assistance technique (stage): Ruben Pieksma
Production: Christoph Ragg / A Two Dogs Company 
Ingénieur de son: Vincent Malstaf, Martine-Nicole Rojina
Coproduction: Kaaitheater, de Warande, Pact Zollverein
Avec le soutien de: les Autorités Flamandes & la Commission de la Communauté flamande 

« Contemplatif et époustouflant, tel est le nouveau spectacle de Kris Verdonck, vibrant dans sa lenteur et sa simplicité au cours de la représentation, mais aussi longtemps après. Voir des mascottes au travail dans les rues commerçantes, sur les terrains de sports, dans les parcs d'attractions et lors d'événements : après ce spectacle, on s'apitoiera encore plus sur elles qu'auparavant. » Tuur Devens sur le site Theaterkrant.nl

La mort à la beauté de pacotille
« Une pièce dans laquelle il ne se passe presque rien et dont l'unique interprète reste invisible. Voilà comment on aurait pu résumer en quelques mots UNTITLED, le nouveau spectacle de Kris Verdonck. Et pourtant, l'œuvre vous prend à la gorge. Ici est inhumée l'humanité, telle que nous la connaissons. Untitled rappelle un enterrement catholique : l'occasion est triste, mais le formidable spectacle vous la fait oublier. Même si Verdonck met ici en scène la mort de l'Homme avec un grand H. » Pieter T'Jonck à propos d'UNTITLED (****) dans De Morgen 

« Je me souviens que comme boulot d'étudiant, j'ai joué au lapin de Pâques pour le club de basket local. À quinze ans, on s'accommode du costume chaud et puant en échange de trente euros. Mais c'est différent quand des hordes de demandeurs d'emploi sont condamnés à de tels “mini-jobs” pour pouvoir mettre du pain sur la planche, dépouillés d'une identité personnelle (car cachés derrière un masque) et obligés d'amuser sans arrêt les autres dans des parcs d'attractions et lors d'épreuves sportives. Voilà la dualité qu'expose Kris Verdonck dans son spectacle le plus récent, UNTITLED. Le danseur Marc Iglesias Figueras peut y revêtir un costume de mascotte qui est un croisement entre Mickey Mouse et Maya l'Abeille, mais dans sa version obscure, noire et argentée. » Filip Tielens / Cutting Edge / (***)

« Hier soir, j'ai vu Mickey Mouse. Une version noire et argentée, dans un décor quasiment vide. La souris était fatiguée, si pâle, épuisée d'avoir diverti les gens. Se demandant, muette, pourquoi elle était obligée de passer sa vie à être Mickey Mouse. Le nouveau spectacle de Kris Verdonck résume notre époque en folie avec une telle justesse que ça fait mal, même si la souris s'applique, dansant sur une musique d'ascenseur tellement mal mise une boucle que ça en devient encore plus douloureux. Mais c'est bien là le but. Untitled est un spectacle qu'il faut voir si on en a la possibilité. On rit, on glousse, mais peut-être aurait-on envie de pleurer face à tant de « signes des temps». Et à tant de beauté imagée. » Chantal Pattyn à propos d'UNTITLED

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