MAN

A voice comes to one in the dark. Imagine.
To one on his back in the dark. This he can tell by the pressure on his hind parts and by how the dark changes when he shuts his eyes and again when he opens them again. Only a small part of what is said can be verified.
Samuel Beckett, 'Company'

We have to change our view to survive, just like we have to change our existence to stay alive.
It is no longer sufficient talking in negative terms about "zero expansion", we have to exert ourselves positively to reinvent our perception of the world.
Paul Virilio, 'The horizon-negative: essay on dromoscopie'


Cette partie de II est inspirée de la performance I/O SOLO du danseur/performer Jean-Luc Ducourt. Son et image en dialogue avec les mouvements pour mettre en scène le texte de Samuel Beckett. La chorégraphie est développée par le danseur lui-même. Les plus petits signes sonores, lumineux ou visuels sont les compagnons de ce zéro-personnage.

La pièce « Company » de Beckett décrit un homme dans une situation zéro. Il est étendu sur le dos et entend une voix. Il se pose des questions à lui-même pour se tenir compagnie. La voix seule est une compagnie mais pas suffisante. La privation sensorielle et, pardessus tout, la limitation des possibilités et des impulsions de ses sens le rendent extrêmement sensible au moindre changement de lumière, de sonorité, de mouvement etc...

MAN fait aussi partie de II, cinc installations que Kris Verdonck a presenté au Kunstenfestivaldesarts 2005. Dans II , MAN est parfaitement complémentaires à PATENT HUMAN ENERGY , deux corps, un homme et une femme, dans différentes conditions de privations donnant lieu à une sur-écoute du corps et de son environnement.

INSTALLATIONS / PERFORMANCES KRIS VERDONCK

Suspendu dans l’atmosphère, comme gelé
Dans la pratique artistique actuelle, les mots « multidisciplinaire » et « mutli-média » s’emploient de manière récurrente, parfois à tort et à travers. Ce qui intéresse Kris Verdonck dans son travail, ce n’est pas tellement la juxtaposition de disciplines et de médias mais plutôt la rencontre de leurs essences souvent opposées, et la recherche de moments et de lieux où ces contradictions s’affrontent. Comme un surfer qui reste un instant au sommet de la vague. Au point où l’ascension vire à la chute. Suspendu dans l’atmosphère, comme gelé. Un des paradoxes fondamentaux que Kris Verdonck « met en scène » de manière constante et littérale est l’opposition entre, d’une part, la représentation et la reproductibilité technologiques et, d’autre part, le caractère uni-que de la présentation théâtrale, l’immédiateté de la performance vivante, la véracité de ce qui est montré et regardé.
L’art est aujourd’hui un des domaines dans la société où l’on cherche avidement un nouveau rapport à la technologie, qui détermine et oriente de plus en plus notre vie quotidienne. Dans son travail, Kris Verdonck ne veut pas seulement utiliser les nouvel-les technologies et les médias dans un contexte théâtral – ce qu’impose trop souvent la mode actuelle – mais il fait du problème de l’impact grandissant de la technologie sur la vie quotidienne le sujet même de sa pratique. Cet impact va d’ailleurs largement au-delà de l’utilité et du confort mais touche à des questions existentielles de la condi-tion humaine, comme la quête du sens de la vie et du monde.

Coupé d’une réalité familière
Quelle relation l’homme peut-il, veut-il ou doit-il entretenir avec la machine, le robot, la technologie ? A chaque interaction que l’homme crée avec la machine, il se défait d’une partie de son contrôle sur la situation, la pratique, l’événement. Cette relation de confiance met en péril le libre-arbitre de l’homme. Cette soumission à la machine connaît toute une série de gradations : cela va de la dépendance au GSM dont on ne peut plus se passer, à la dépendance vitale d’une personne reliée à un appareil de respiration artificielle. Quel qu’en soit le degré, cette relation de dépendance vis-à-vis de la machine contient toujours, de manière latente ou visible, une forme de panique. La panique naît d’une situation où le familier disparaît, où l’on n’a plus de repères, où l’on ne sait plus ce qui se passe dans son corps et/ou dans son esprit, où l’on est livré à l’inconnu. De là l’atmosphère d’« Unheimlichkeit » qui caractérise le travail de Kris Verdonck. Le mot « unheimlich » – c’est Freud qui mit en évidence ce sentiment – se traduit difficilement : étrange, incompréhensible, mystérieux, angoissant, lié à des forces surnaturelles. Un-heim-lich signifie littéralement : celui qui n’a pas de maison, qui n’a sa place nulle part. Qui est coupé d’une réalité familière.

La relation de l’homme à la machine a été plusieurs fois, au cours de l’histoire, compa-rée à sa relation avec Dieu. L’essence divine consiste, en effet, dans le contrôle sur toute chose, l’omnipotence. L’homme, en tant qu’être imparfait, imprévisible, incontrô-lable et mortel aspire au domaine du parfait, du contrôlable, de l’immortel. Il désire le mécanique : il veut fabriquer le robot ou être le robot pour échapper à son imperfec-tion et à sa mortalité.

Les acteurs, les personnages de Kris Verdonck se situent dans l’œil du cyclone de ce désir. Ils opèrent la transition entre l’homme et la machine. Ce sont des ‘presque-cyborgs’. Mais leur tragédie réside justement dans ce « presque ». Ce sont des créatu-res hybrides, en pleine transition et souffrant de n’être ni l’un ni l’autre.

Homme = machine
Peut-on vraiment présenter sur la scène des images futuristes « désincarnées » ? Peut-on montrer des personnages dont la fonction est assumée par un objet ? Voilà entre autres les questions que se pose Kris Verdonck. Dans des installations précéden-tes, cette question était envisagée dans deux perspectives : l’homme qui devient ma-chine et la machine qui devient humaine.
Les personnages que Kris Verdonck met en scène se trouvent dans un état de solitude complète : un profond isolement où ils sont seuls avec leur tête. Un flot de pensées se libère et s’amplifie de manière ininterrompue. Parallèlement à ces flots de pensées, Kris Verdonck utilise souvent du texte dans ses installations et ses performances, élé-ment qui renvoie une fois de plus à un contexte théâtral. Il s’agit le plus souvent de textes d’auteurs solitaires et rebelles comme Samuel Beckett, Rainald Goetz ou Heiner Müller.

Texte: Marianne Van Kerkhoven

« II élabore sur les exhibitions de monstres médiévales et les cabinets de curiosités romantiques, mais contient surtout, comme beaucoup d'oeuvres d'art intéressants, quelque chose de prophétique. Une idée vous saisit à la sortie : si d'ici à vingt ans, il existe encore des artistes, Verdonck sera parmi eux. »
Wouter Hillaert dans De Morgen, 16/09/2002

« Lumière intense et voix débitant des textes forts de Heiner Müller. Homme casqué pour lequel les impulsions visuelles sont traduites en données auditives. Femme-fakir prisonnière d'un réseau de capteurs à l'écoute, dans l'obscurité presque totale. Duo aérien sensuel, mécanique, bizarre, brillant. Pluie de feu, dangereuse et belle. On sort de la un peu étourdi, chargé de sensations, de questions sur nos perceptions. »
Marie Baudet dans La Libre Belgique, 09/05/2005

Concept: 
Kris Verdonck
Avec: 
Sandy Williams
Dramaturgie: 
Marianne Van Kerkhoven
Technique et scénographie: 
Raphaël Rubbens
Création lumière: 
Luc Schaltin
Costumes: 
Ann Weckx
Production:
Margarita Production pour stilllab vzw
Coproduction:
Kaaitheater (BE), KunstenFestivaldesArts (BE), Festival La Bâtie (CH)
Avec le soutien de:
les autorités flamandes, la Commission de la communauté flamande
Remerciements à:
Jean-Luc Ducourt, iMAL and x-med-k

  • 2006
  • 2005
07 > 12/05
BE Brussels II, Kunstenfestivaldesarts
14 > 17/09
BE Antwerpen II, Toneelhuis
24 > 25/02
BE Gent Variatie I, Vooruit
18 > 22/04
NL Amsterdam Variatie II, Brakke Grond
12 > 14/09
CH Genève Variation III, La Bâtie
  • MAN - © A Two Dogs Company
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