IN PROGRESS

Sunset Inferior Mirage
©Brocken Inaglory-Own work

 SOMETHING (out of nothing)

Je ne sais pas exactement où je suis : c’est ce qui arrive quand nous sommes dans le noir. Vous ne pouvez pas définir vos limites corporelles, vous ne savez pas où se trouve la frontière avec le monde extérieur. Le vertige de l’espace en devenir. Êtes-vous bien vivant ? (André Lepecki, In the dark).

Dans SOMETHING (out of nothing) 9 personnages déambulent sur la scène. Ils ne sont souvent pas plus que des silhouettes, ombres, sculptures vivantes : une image en négatif de la vie. Les artistes et les robots marchent et se mélangent, on peut à peine les distinguer les uns des autres ou même du décor. La matière vivante et morte se partagent le même espace.

Cette nouvelle représentation de Kris Verdonck / A Two Dogs Company en collaboration avec ICK Amsterdam présente l’homme, le performeur, comme un spectre dans un monde lui-même réduit à l’état de spectre par les technologies, une destruction à venir et des démocraties déclinantes.

SOMETHING (out of nothing) est composée de deux parties, une partie muséale et une partie théâtrale. La représentation se déplace littéralement du musée au théâtre. Les mêmes objets et les mêmes silhouettes qui « sont » dans le musée pendant la journée se dressent plus tard sur la scène du théâtre. Nous passons de l’espace blanc où les objets règnent, à la boîte noire, terrain de l’homme vivant ; et nous arrivons dans un monde où la différence entre les objets et le corps n’existe plus, à la place de l’ « objet vivant ». Un lieu où tout est négociable : les plantes, les objets, les machines, les hommes et les animaux, la terre deviennent égaux dans leur statut commercialisable.

SOMETHING (out of nothing) constitue la première étape d’une recherche pluriannuelle sur l’interface reliant le théâtre japonais traditionnel nô et l’œuvre de Samuel Beckett.







 

detail
©NASA/JPL/Cornell

 DETAIL

Le soleil brillait, n'ayant pas d'alternative, sur le rien de neuf.
(Samuel Beckett, Murphy)

L’installation DETAIL met en scène un bloc de rocher massif accroché au plafond. La pierre est suspendue à un câble en acier relié à un roulement à billes lui permettant de tourner entièrement autour de son axe. Le roulement à billes est mis en mouvement par une roue en acier qui tourne grâce à un moteur électrique. Ledit moteur électrique est alimenté par des panneaux solaires. Cette véritable chaîne mène à une situation somme toute assez simple : quand le soleil brille, le rocher tourne sur son axe. Lorsque la pierre se met à tourner, parce que le soleil brille, le mécanisme revêt aussi quelque chose d’inexorable : le fatalisme d’un monde qui doit et va continuer à tourner. Comme un mobile à énergie solaire. Une image surréaliste doté d’un soupçon de danger qui ne manque pas de fasciner.

L’ensemble de la structure technique (complexe) n’a pas d’autre fin que la « poésie » de laisser flotter et tourner le lourd colosse. DETAIL est en ce sens une utilisation inutile de connaissances et de matériel, ce qui renforce son caractère étrange. On peut toutefois poser la question de savoir si bien d’autres développements que nous nommons « progrès techniques » aident réellement notre monde. Le potentiel de destruction d’algorithmes, de processeurs, de moteurs et d’armes toujours plus gros, plus rapides, plus efficaces et automatiques s’exprime au quotidien dans les guerres et l’éreintement de notre planète. Que nous apporte la connaissance technologique, nous permet-elle de gérer les problèmes – en partie provoqués par les « progrès technologiques » – propres à notre époque ? DETAIL est dans cette optique peut-être un peu immobile : comme figé, suspendu dans les airs, à faire des petits ronds sur place dans le vide.






KRIS VERDONCK CONVERSATIONS KVRANCKEN 2017 8703
©Kristof Vrancken

MASS II
 
MASS II est un paysage poétique en mouvement. Une masse grise comme le graphite adopte le doux mouvement de l’eau. La matière semble légère et lourde à la fois. Comme lorsque des plaques tectoniques glissent l’une sur l’autre, des montagnes et des vallées apparaissent sous les yeux du spectateur pour disparaître instantanément. Un paysage vivant, de la géologie dans un accéléré.
 
MASS II était un élément de Conversations (at the end of the world). Le paysage gris y forme l’environnement où les acteurs se trouvent. Cet environnement est si déterminant qu’on peut lui donner le titre de personnage principal. C’est une entité qui n’accepte aucun égal. Le mouvement du paysage commande le rythme et représente la catastrophe à venir. Les personnes qui se trouvent dans le paysage n’ont pas d’autre choix que d’en tenir compte pour finalement y disparaître. Une beauté solitaire reste sur place avec de nouvelles règles, au-delà de l’humain. Le temps et la langue ne sont plus. MASS II est le passage perpétuel de l’existence à la disparition puis de nouveau à l’existence, une métamorphose éternelle et imprévisible du chaos en ordre.





 
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